Après le vote à l'ONU, Israël relance la colonisation

Publié le 28 Décembre 2016

1- Plan de partage de l'ONU en 1947 / 2- Après la guerre des six jours en 1967 / 3- Aujourd'hui
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Israël pourrait prochainement faire avancer des projets de construction dans des Territoires palestiniens occupés malgré le vote à l'ONU.

La ville de Jérusalem a annoncé, dimanche 25 décembre, avoir l'intention de délivrer plusieurs centaines de permis de construire à Jérusalem-Est, comme mesure de rétorsion après l'adoption, par le Conseil de sécurité de l'ONU, d'une résolution condamnant la colonisation israélienne, qualifiant celle-ci de "violation du droit international". 

"Nous demeurons imperturbables face au vote de l'ONU, ou face à toute autre instance qui chercherait à dicter ses conditions à Jérusalem - J'espère que la nouvelle administration américaine nous soutiendra", a déclaré l'adjoint au maire Meir Turgeman, qui dirige le comité en charge des constructions. 

Mercredi 28 décembre, une commission devrait autoriser la délivrance de ces permis, selon le quotidien Haaretz, qui annonce le chiffre de 618 appartements dans des quartiers juifs situés dans la zone orientale de la ville. 

Quelque 430.000 colons israéliens vivent actuellement en Cisjordanie occupée et ils sont plus de 200.000 à Jérusalem-Est, dont l'annexion n'a jamais été reconnue par la communauté internationale.

Pour la première fois depuis 1979, les États-Unis présidés par Barack Obama - qui quittera la Maison Blanche le 20 janvier - n'ont pas mis vendredi 23 décembre leur veto à une résolution de l'ONU condamnant les colonies israéliennes.

Les États-Unis, plus important allié d'Israël, ont traditionnellement servi de bouclier diplomatique à l'tat hébreu mais, frustrés par des années d'efforts diplomatiques infructueux, ils ont justifié leur abstention par l'impact de la colonisation sur la recherche de la paix au Proche-Orient.

La résolution 2334, a été adoptée au Conseil de sécurité des Nations unies (ONU), vendredi 23 décembre. Ce texte dénonçant la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens occupés a recueilli quatorze voix en sa faveur, passant grâce à l’abstention américaine.

C'est une défaite politique sévère pour le premier ministre Benyamin Nétanyahou et une sanction contre la promotion décomplexée de la colonisation par la droite israélienne.

Le texte de la résolution, contrairement aux affirmations des responsables israéliens, n’est pas fondamentalement hostile à l’État d'Israël. Il s’inscrit dans la lignée de la résolution 465, adoptée en 1980, qui dénonçait déjà l’extension des colonies, jugées illégales.

Ce texte se place à la suite du rapport du Quartet – États-Unis, Russie, Union européenne (UE), ONU –, qui dressait un état des lieux alarmant de la réalité, sur le terrain. La résolution 2334 estime elle aussi que la construction et l’extension des colonies mettent "gravement en danger la viabilité de la solution à deux États".

Par ailleurs, dans un souci d’équilibre réclamé notamment par Paris et Washington, le texte "condamne tous les actes de violence contre les civils, dont les actes terroristes", une référence aux attaques palestiniennes.

La résolution exige la "cessation immédiate" de la colonisation dans les territoires palestiniens occupés, dont Jérusalem-Est, et loue les efforts diplomatiques entrepris par la France, la Russie et l’Égypte, au cours des derniers mois, pour relancer un dialogue sur le conflit.

"C’est une victoire pour le terrorisme, la haine et la violence", s’est lamenté Danny Danon, l’ambassadeur israélien auprès de l’ONU, selon lequel la résolution représente un "non à la possibilité d’une paix". 

Le bureau du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a aussitôt rejeté cette "résolution anti-israélienne honteuse" et annoncé qu’Israël ne s’y conformera pas.

Il s'agit d'"un grand camouflet" pour Israël, a immédiatement réagi Nabil Abou Roudeina, porte-parole de la présidence palestinienne. "Il s'agit d'une condamnation internationale unanime de la colonisation et d'un fort soutien à une solution à deux États", a-t-il ajouté.

L'ambassadrice des États-Unis à l'ONU, Samantha Power, a expliqué que la poursuite des constructions en Cisjordanie "menaçait sérieusement la sécurité d'Israël". "Les États-Unis ont adressé le message selon lequel les implantations privées et publiques devaient cesser pendant près de cinq décennies", a-t-elle expliqué devant le Conseil de sécurité.

"On ne peut pas à la fois se faire le défenseur d'un accroissement des colonies israéliennes et d'une solution à deux États qui soit viable pour mettre fin au conflit", a-t-elle poursuivi. "Il faut faire un choix entre la colonisation et la séparation".

"Cette décision (...) est historique, elle exprime le consensus de la communauté internationale à considérer la colonisation israélienne comme illégale et réaffirme le droit historique du peuple palestinien à vivre à Jérusalem et sur ses terres historiques", a affirmé samedi 24 décembre le ministre jordanien de l'Information Mohamed Momani. 

Le vote, qui a été accueilli par des applaudissements, avait été réclamé par la Nouvelle-Zélande, la Malaisie, le Sénégal et le Venezuela.

Ces quatre pays se sont impliqués après la volte-face du Caire qui avait proposé mercredi soir cette résolution rédigée par les Palestiniens et présentée au nom du groupe arabe à l'ONU. Mais l'Égypte avait demandé jeudi 22 décembre le report du vote initial, après une intervention du président élu américain Donald Trump auprès du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi.

Israël a aussitôt appliqué "une série de mesures diplomatiques" contre le Sénégal et la Nouvelle-Zélande, l'État hébreu n'ayant pas de relations diplomatiques avec les deux autres pays, la Malaisie et le Vénézuela.

Quelques heures seulement après le vote, Benyamin Netanyahou a, entre autres, annoncé le rappel "immédiat" de ses ambassadeurs en Nouvelle-Zélande et au Sénégal "pour consultations", ainsi que l'annulation de tous les programmes d'aide au Sénégal.

Des représentants de 10 des 14 pays membres du Conseil de sécurité ayant voté pour le texte ont également été convoqués dimanche 25 décembre au ministère israélien des Affaires étrangères, a indiqué à l'AFP le porte-parole de l'État juif, Emmanuel Nahshon.

Le futur président américain Donald Trump a réagit sur Twitter que "les choses seront différentes aux Nations unies après le 20 janvier", soit la date de son investiture.

"Nous ne pouvons pas continuer à laisser Israël être traité avec un total mépris et un tel manque de respect", a écrit le milliardaire, qui a nommé récemment un ambassadeur en Israël favorable au déménagement de l'ambassade des États-Unis à Jérusalem, un geste qui pourrait sonner le glas des efforts de l'Amérique pour la paix.

De nombreuses voix se sont élevées dans le camp républicain pour dénoncer l’issue du vote.

Le président de la Chambre des représentants, le républicain Paul Ryan, a qualifié la situation de "complètement honteuse" et de "grave coup porté à la paix".

Le sénateur républicain John McCain a quant à lui dénoncé "la complicité des États-Unis dans ce qui constitue une attaque scandaleuse" contre l’État hébreu.

Le secrétaire d’État américain John Kerry a prononcé un important discours, le mercredi 28 décembre, sur le Proche-Orient, développant l’idée d’un État palestinien distinct de l’État israélien. Pour lui, La solution à deux États est la seule voie possible pour la paix entre Israël et les Palestiniens.

Une telle solution devrait faire l’objet d’un sommet international à Paris le 15 janvier, sommet vivement critiqué par le gouvernement israélien.

Le statu quo au Proche-Orient mène à "une occupation perpétuelle" et la politique des colons "est en train de décider de l’avenir d’Israël", a ajouté le chef de la diplomatie américaine dans son grand discours sur le Proche-Orient, après le vote à l'ONU condamnant les colonies israéliennes, auquel les États-Unis n’ont pas opposé de veto, provoquant la colère de l’État hébreu.

"Quiconque réfléchissant sérieusement à la paix ne peut ignorer la réalité de la menace des colonies sur la paix", conclut John Kerry.

Rédigé par Pierre HAMMADI

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