Loi travail : Toutes les raffineries sont en grève annonce la CGT

Publié le 24 Mai 2016

La grève est désormais votée dans huit raffineries sur huit en France, y compris celles d'Exxon Mobil, a déclaré à Reuters Emmanuel Lépine, secrétaire fédéral du secteur pétrole de la CGT.

"Une grève a été votée ce matin à Notre-Dame-de-Gravenchon (Seine-Maritime) en réaction à la charge des forces de l'ordre à Fos-sur-Mer", a-t-il dit en se référant à l'intervention de gardes mobiles pour lever les barrages des militants CGT aux accès du dépôt pétrolier de Fos-sur-Mer.

"A Fos, la grève a aussi été votée. Plus aucun produit ne sort. Il y a maintenant huit raffineries sur huit en grève", a-t-il ajouté.

Avec le vote de la grève dans l'ensemble des raffineries, c'est la 2e fois qu'un tel événement se produit depuis mai 68 en France.

Le bras de fer se poursuit entre le gouvernement et la CGT. Ce mardi matin, les forces de l'ordre ont procédé au déblocage de la raffinerie et du dépôt pétrolier de Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône, paralysés depuis la veille par des militants CGT.

Arrivés vers 4h15, elles ont rencontré "une résistance importante" de plus de 200 militants cégétistes, allumant des feux de palettes et de pneus qui ont dû être maîtrisés, selon la préfecture de police.

La CGT des Bouches-du-Rhône annonce "une mobilisation renforcée" et dénonce "un usage inacceptable de la violence" lors de l'intervention policière pour débloquer à l'aube les accès de la raffinerie Esso et du dépôt de carburants de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). "Il nous traite comme des terroristes alors que nous sommes des travailleurs", explique Maxime Picard, le secrétaire départemental de la CGT 13. Selon lui, plusieurs militants cégétistes ont été blessés par des coups de matraques.

Interviewé sur Europe 1, Manuel Valls soutient qu'"il n'y aura pas de retrait" du projet de loi. "Ces actions ne servent à rien, perturbent le pays et font peser une nouvelle charge insupportable aux forces de l'ordre", a-t-il dénoncé. "La CGT est dans une impasse et l'impasse n'est jamais le chemin qu'il faut prendre. Le seul chemin qu'il faut prendre c'est celui du dialogue". Le Premier ministre a promis que d'autres sites pétroliers seraient débloqués.

Ces blocages provoquent depuis plusieurs jours des difficultés d'approvisionnement des stations-service, entraînant des ruées d'automobilistes à la pompe. Selon les derniers chiffres du secrétaire d'État aux Transports, 20% des stations sont "fermées ou en grande difficulté" sur les quelque 12.000 recensées dans le pays.

Sur les 2.200 stations-service exploitées par Total en France, 678 étaient affectées lundi soir et 98 ont été réquisitionnées par les autorités pour que les véhicules d'urgence puissent se réapprovisionner, a précisé le groupe.

Dans un mail adressé aux cadres, le numéro 2 de Total indique que le pétrolier pourrait revoir ses projets dans le secteur du raffinage en France. "Les événements qui se déroulent en ce moment dans nos raffineries sont extrêmement graves et constituent une prise en otage de nos activités et de nos sites pour nourrir une lutte qui n'est pas la nôtre", écrit Philippe Sauquet, directeur général Raffinage-Chimie.

Myriam El-Khomri , ministre du Travail Myriam estime qu'"il n'est pas question que l'économie du pays soit prise en otage" à trois semaines de l'Euro-2016. "Nous avons fait preuve de fermeté dans le déblocage de ces raffineries. Le droit de manifester est essentiel, le droit de grève aussi, mais il y a une forme de radicalisation du mouvement et le blocage de certains rond-points n'est pas supportable", a-t-elle ajouté.

"Cette loi est juste et nécessaire, il faut que nous arrivions à nous adapter. Aujourd'hui on est dans le processus parlementaire et je défendrai cette loi le 13 juin devant le Sénat."

François Hollande dénonce sur France Culture "un blocage des raffineries décidé par une minorité". Le chef de l'Etat dit ne pas vouloir "ignorer, négliger ce qui se passe, considérer que ça ne mérite pas une forme de respect par rapport à ceux qui ont des revendications légitimes". Mais d'ajouter: "ça ne me conduit pas non plus à accepter ce qui est aujourd'hui un blocage qui est fondé simplement par une stratégie portée par une minorité.

"Pour Bernard Thibault, l'ancien secrétaire général de la CGT, "il ne faut pas inverser la hiérarchie des responsabilités. Qui est à l'origine des hostilités ? C'est le gouvernement avec la manière et le fond du projet de loi réformant le code du travail, 130 pages qui débarquent un beau matin sans aucune concertation avec les organisations syndicales", a-t-il expliqué sur Europe 1.

Invité de BFMTV le numéro 1 de la CGT Philippe Martinez estime que le Premier ministre adopte une "posture politicienne pour préparer sa candidature ou celle de François Hollande en 2017". Il estime que le gouvernement "joue à un jeu dangereux en opposant les salariés" et avertit que "c'est illégal de débloquer les raffineries". "Je préviens le gouvernement : attention à ne pas s'opposer au droit de grève", a-t-il ajouté.

Estimant que le gouvernement n'écoute pas les opposants à la loi Travail, le patron de la CGT a prévenu que le syndicat "irait jusqu'au retrait" du texte. "Sinon les appels à la grève vont se multiplier, a-t-il prévenu. Nous appelons partout en France à la généralisation des grèves."

Condamnant les tirs contre la fédération PS de l'Isère, Philippe Martinez s'en est pris à ceux qui accusent la CGT d'en être responsable. "Qui est responsable du climat de violence ? C'est le président et le Premier ministre à force de ne pas écouter." Selon lui, "le gouvernement a tourné le dos à ses engagements et il en paie les conséquences".

Philippe Martinez a rappelé que la CGT allait organiser une votation citoyenne sur le texte. "La démocratie ne nous fait pas peur", a-t-il assuré se défendant d'être "jusqu'au boutiste". "La clé du problème est dans les mains du gouvernement", a-t-il conclu.

Florian Philippot, vice-président du Front National a expliqué sur Radio Classique. "Manuel Valls a raison mais il a tort sur le fond. Qui est responsable de cette situation de plus en plus intenable ? Qui a fait passer cette loi travail dont personne ne voulait uniquement pour obéir à l'Union européenne ? Qui l'a fait passer en utilisant le 49-3, c'est-à-dire en brutalisant la démocratie et le pays ? C'est le gouvernement.

Au bout d'un moment il ne faut pas sous prétexte d'obéir à Bruxelles, donc de faire passer en force des choses qui vont contre l'intérêt des Français, et s'étonner que le pays se cabre et se bloque.

" Selon Nathalie Kosciusko-Morizet députée LR et candidate à la primaire "une grande organisation syndicale comme la CGT ne doit pas évoluer comme un groupuscule violent, ce n'est pas leur vocation", a-t-elle expliqué sur France 2. Selon elle, "il faudrait arrêter le syndicalisme à vie, avec un nombre de mandats limités dans le temps . Je fais la même proposition avec les politiques."

Rédigé par Pierre HAMMADI

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