Harcèlement sexuel : l'appel de 17 anciennes ministres "Nous ne nous tairons plus"

Publié le 16 Mai 2016

"Nous ne nous tairons plus". Dans un appel publié dans Le Journal du Dimanche, 17 anciennes ministres de gauche comme de droite annoncent que "l'omerta et la loi du silence ne sont plus possibles": elles dénonceront désormais "systématiquement toutes les remarques sexistes, les gestes déplacés, les comportements inappropriés".

Quelques jours après les accusations de harcèlement sexuel visant le député écologiste Denis Baupin, ces anciennes membres de gouvernement, parmi lesquelles Roselyne Bachelot, Cécile Duflot, Aurélie Filippetti, Nathalie Kosciusko-Morizetou encore Christine Lagarde, écrivent: 

"Nous nous sommes engagées en politique pour des raisons diverses, nous défendons des idées différentes, mais nous partageons la volonté que le sexisme n'ait pas sa place dans notre société. Ce fléau n'est pas propre à notre univers, loin de là, mais le monde politique a un devoir d'exemplarité."

Citant l'exemple de l'affaire DSK, et revenant sur les témoignages "sidérants" de quatre femmes politiques contre Denis Baupin, elles rappellent : 
"Comme toutes les femmes qui ont accédé à des milieux auparavant exclusivement masculins, nous avons eu à subir et à lutter contre le sexisme. Ce n'est pas aux femmes à s'adapter à ces milieux, ce sont les comportements de certains hommes qui doivent changer". 

Et de citer certaines situations auxquelles elles-mêmes ou certaines de leurs collègues ont été confrontées: "On ne peut pas dire à une femme, quel que soit son statut, qu'elle soit salariée, étudiante, chômeuse, mère au foyer ou élue, à propos d'une collègue : "À part ses seins magnifiques, elle est comment?". On ne peut lui dire d'un air graveleux: "Ta jupe est trop longue, il faut la raccourcir" ou "Est-ce que tu portes un string?".

"Cela suffit. L'impunité, c'est fini, poursuivent-elles. (...) Nous encourageons toutes les victimes de harcèlement sexuel et d'agressions sexuelles à parler et à porter plainte." "Nous demandons à nos partis et à nos groupes politiques de vérifier si de tels actes ont été commis et, si tel a été le cas, d'aider les victimes à faire éclater la vérité".

Elles rappellent qu' "aujourd'hui, l'arsenal judiciaire existe mais les lois ne sont pas suffisamment appliquées. Le Code du travail protège la salariée mais il n'est pas respecté. Peu de femmes portent plainte et très peu de plaintes débouchent sur des condamnations". 

La porte-parole de Lutte ouvrière, Nathalie Arthaud, a toutefois pris ses distances avec les signataires en leur reprochant sur BFMTV d'avoir pratiqué "l'omerta" alors qu'elles avaient "bien des moyens de se faire entendre et de se faire respecter", contrairement aux "ouvrières" et aux "employées".

Laurence Rossignol, la ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes, a rappelé dimanche sur France 3 que deux de ces pistes sont en cours d'adoption ou d'élaboration : 
- La première, "c'est d'adopter rapidement la proposition de loi qui est déjà en navette parlementaire, qui a été adoptée à l'Assemblée et qui rallonge les délais de prescription pour toute une série de délit de trois à six ans", a-t-elle détaillé, appelant de nouveau le Sénat à adopter le texte "dans les mêmes termes". 
- La deuxième, "c'est de permettre aux associations de déposer plainte en lieu et place des victimes", en ajoutant un amendement à la "loi égalité et citoyenneté qui va être examinée par le Parlement" en juin, a-t-elle ajouté.

Cet appel est signé par Roselyne Bachelot, Michelle Demessine, Cécile Duflot, Elisabeth Guigou, Aurélie Filippetti, Chantal Jouanno, Nathalie Kosciusko-Morizet, Christine Lagarde, Marylise Lebranchu, Corinne Lepage, Monique Pelletier, Fleur Pellerin, Valérie Pécresse, Yvette Roudy, Catherine Trautmann, Dominique Voynet, Rama Yade.

Rédigé par Pierre HAMMADI

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